Interview du Dr. Marc Bartoli, Directeur de recherche et responsable de l’équipe NeuroMyologie Translationnelle – Directeur du département Nerfs & Muscle au sein de l’unité 1251_MMG. Faculté de médecine de Marseille/AMU. 16.04.2018

Valérie Rivier – GIPTIS :  Bonjour Marc, c’est un grand plaisir que de pouvoir m’entretenir avec toi. Peux-tu en quelques mots nous expliquer pourquoi tu t’es orienté vers la recherche en génétique et notamment en myologie translationnelle ?

Dr. Marc Bartoli : Bonjour Valérie, c’est simple…j’ai toujours voulu être chercheur, dès l’âge de 12 ans, je voulais travailler dans la recherche dans le domaine des neurosciences, de l’immunologie, de la génétique. Ce sont de belles rencontres et mon parcours qui m’ont emmené naturellement vers la recherche en myologie.

VR : C’est une vocation en somme, un rêve d’enfant ?

MB : Oui tout à fait !

VR : Et qu’est-ce que la myologie translationnelle ?

MB : En tant que « myologiste », j’étudie le fonctionnement des muscles qui sont des organes spécifiques car ils possèdent des propriétés contractiles qui permettent au corps humain de se mouvoir. En fonction de la composition de leurs fibres, les muscles se répartissent dans différentes catégories. Ainsi, les muscles lisses ou volontaires répondent aux directives du système nerveux neurovégétatif. De leur côté, les muscles striés squelettiques jouent un rôle majeur dans la réalisation volontaire de mouvements.

En recherche translationnelle, nous essayons de créer un pont entre le diagnostic clinique, à partir des données obtenues chez les patients et les approches thérapeutiques au bénéfice des malades. C’est pourquoi la recherche translationnelle se développe toujours à proximité du patient. Elle implique une grande collaboration entre chercheurs et médecins car elle doit permettre un transfert des connaissances dans les deux sens. Je travaille d’ailleurs en étroite collaboration avec le Pr. Martin Krahn, médecin généticien, avec qui je partage ce bureau.

VR : Au sujet de ton parcours et des belles rencontres qui ont orienté tes choix professionnels, peux-tu nous en dire davantage ?

MB : Suite à ma formation en biologie (thèse de science sous la direction d’Ariane Monneron), j’ai obtenu le prix de la meilleure thèse puis choisi d’intégrer la Harvard Medical School (Post-Doc). J’ai ensuite eu l’opportunité d’intégrer le Généthon, en tant que Responsable des études scientifiques pendant 9 ans sous la Direction du Dr. Isabelle Richard. C’est en 2005, que j’ai rencontré pour la première fois les Prs. Nicolas Lévy et Martin Krahn lors d’une assemblée générale de l’AFM-Téléthon. Puis en  2007, lors d’un congrès scientifique où nous avons partagé 5 jours passionnants à parler de sciences, génétique, et d’approches thérapeutiques innovantes… J’avais très envie d’aller au plus proche des patients et c’est ce que le Pr. Lévy m’a proposé. Il recherchait un spécialiste du muscle pour prendre la responsabilité d’une équipe de recherche au sein de son département de génétique humaine. S’en est suivie une année de transition où j’ai passé le concours du CNRS (pré-requis pour rester sur Marseille). J’ai d’ailleurs terminé Premier à ma grande surprise et pris le poste en 2010.

Aujourd’hui, je suis Directeur de Recherche et dirige l’équipe Neuromyologie Translationnelle depuis mars 2017 . J’encadre une équipe de 15 personnes dont 5 cliniciens et 10 chercheurs, Post-Doc et étudiants. Par ailleurs, j’ai pris la direction du département Nerfs & Muscle au sein de l’unité 1251_MMG.

 VR : Aujourd’hui, en tant que spécialiste du muscle et directeur de recherche, quelles seraient tes attentes pour améliorer vos travaux de recherche ?

MB : Ce qu’il nous manque à ce jour, c’est un lieu unique regroupant les cliniciens, les chercheurs, les patients et associations de patients, les spécialistes du médicament et industriels. La recherche académique doit nourrir les start-up/biotechs, plus à même de développer des essais cliniques et à terme des médicaments pour soigner, guérir les malades.

Nous avons également besoin d’une plateforme ou système d’information centralisé qui référencerait tous les organismes modèles, toutes les connaissances produites dans notre spécialité (en complément des publications des journaux scientifiques) afin de mutualiser nos efforts de recherche, partager tous les applicatifs, toutes les explications d’approches thérapeutiques mises en place afin de soigner mieux et plus vite.

VR : Ce à quoi le projet GIPTIS pourrait répondre pleinement ainsi qu’aux attentes de chaque chercheur en génétique humaine ?

MB : Oui, GIPTIS est le modèle d’organisation qui correspond pleinement à nos attentes en tant que chercheur en génétique. GIPTIS c’est aussi une reconnaissance pour toutes les personnes atteintes de maladies rares  qui vont pouvoir disposer d’un lieu  unique qui leur est spécialement dédié. Un espace de prise en charge optimal rassemblant tous les acteurs du diagnostic, du soin, de la recherche et les spécialistes du développement thérapeutique (thérapie génique, pharmacologique et cellulaire et autres à venir…). GIPTIS rayonnera en tant que centre d’excellence en génétique et accueillera aussi de nouveaux talents afin de produire plus rapidemment et plus efficacement les connaissances scientifiques dont les malades ont besoin.

Sans GIPTIS, on n’arrivera pas à gagner du temps sur la maladie en améliorant nos process, le partage de connaissances, le développement des essais cliniques, l’optimisation des ressources et des savoir-faire notamment dans le domaine du développement de médicaments, qui sont des métiers nécessitant une expertise spécifique.

VR : Tu attends donc la création de l’institut GIPTIS avec impatience ?

MB : Oui, je crois fermement en ce modèle et j’y adhère pleinement.

VR : Sois en sûr, toute l’équipe GIPTIS est mobilisée pour créer l’institut à Marseille ! Merci Marc pour ce temps partagé. A très bientôt !

Partager